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Blog citoyen de Jean-Laurent Turbet

Les protestants rencontrent... Emmanuel Macron

9 Mars 2017 , Rédigé par JL Turbet Publié dans #Macron, #EmmanuelMacron, #EnMarche!, #EnMarche, #Poltique, #Protestantisme, #Réforme, #Présidentielle 2017

Les protestants rencontrent... Emmanuel Macron

Les protestants rencontrent... Emmanuel Macron Ils étaient 90 dans le grand salon de la Fédération protestante de France, 47, rue de Clichy à Paris. Une grande les a accueillis : « La politique en vérités, les protestants rencontrent les candidats. » C’est Emmanuel Macron qui a répondu le premier présent à l’invitation lancée conjointement par la FPF et Réforme.

90 invités, responsables d’Eglises et d’œuvres, membres du Cercle économie et protestantisme de la FPF, tous très intéressés par la rencontre. « Ceci une adresse. Nous avions pensé au mot interpellation mais il conserve une connotation policière. Une adresse dénote la volonté de dialoguer et de mieux se connaître » a expliqué dans son mot d’accueil François Clavairoly, président de la FPF. Frédérick Casadesus, journaliste politique à Réforme, a animé le débat. La formule est carrée, très préparée, aucune place n’a été faite à l’improvisation. La FPF et Réforme ont choisi d’interroger les candidats sur des thèmes précis. Hier soir : les migrations, la justice, l’économie sociale et solidaire, la laïcité.

Les questions sont posées par des responsables concernés par le sujet : Geneviève Jacques, présidente de la Cimade, Jean Fontanieu, secrétaire général de la Fédération de l’entraide protestante, Brice Deymié, aumônier national des prisons, Luc Maroni, élu à Lens, Philippe Gaudin, philosophe, en charge de la Commission des relations avec l’islam à la FPF.

 

 

Interpelé par Philippe Gaudin, président de la commission des relations avec l’islam de la FPF, Emmanuel Macron a exprimé ses vues sur la laïcité et l’islam.

Philippe Gaudin, président de la Commission des relations avec l’islam de la Fédération protestante de France : La France de 2017 ne ressemble pas à la France de 1905. Entre ceux qui soutiennent une « laïcité barricade », hostile aux religions, et ceux qui se contentent d’un rappel à la loi, où vous situez-vous ? Seriez-vous prêt à mener une politique publique énergique, en soutenant notamment les initiatives de la Fondation pour l’islam de France, qui consiste à dire que la situation est nouvelle et qu’il faut mettre en œuvre des projets inédits ?

J’essaie de tenir ce chemin de crête qui consiste à refuser de faire de la laïcité quelque chose qui exclue, ou qui viserait à construire une religion républicaine, sans rien céder pourtant à l’angélisme. De fait, le fonctionnement de notre laïcité se trouve en panne. Un monothéisme très présent chez nous s’est développé avec d’autres règles, d’autres pratiques cultuelles et culturelles, et des tensions fortes en résultent.

Je ne suis pas favorable à une transformation de notre laïcité. Mais je tiens à ce que l’on mette un terme à ces compromis qui ont été noués depuis trente ans par des élus de tous bords, soucieux de conserver la paix civile. Ce laisser-aller a permis de renforcer le rôle et l’influence des prédicateurs indifférents aux lois de la République. Démanteler des associations qui masquent des structures religieuses et ne respectent pas nos lois est possible. Il est également possible, grâce au régime de l’état d’urgence, de fermer les lieux dans lesquels elles se réunissent. Il me semble important qu’une loi soit votée pour que nous puissions continuer de fermer des lieux de culte en dehors des périodes d’état d’urgence.

Il faut encore que la République récupère ces territoires. Les tensions qui surgissent dans certains quartiers résultent aussi de l’abandon où la République les a laissé tomber. Quand l’école s’est dérobée, quand la promesse a disparu d’un progrès pour chacun, quand l’assignation à résidence a fait partie du quotidien, les forces religieuses les plus radicales ont pris l’ascendant. De nos jours, dans certains quartiers, la religion est devenue un contreprojet politique et culturel. L’émergence de ce que l’on appelle souvent communautarisme – un mot un peu fourre-tout – n’est rien d’autre qu’une contre-culture politique. Les enfants de ceux qui, dans leur pays d’origine, s’étaient battus contre le radicalisme religieux et pour l’émancipation, veulent porter le niqab. Pourquoi ? Parce qu’ils pensent que cette République n’est pas pour eux.

La République doit affirmer un projet politique permettant à chacun d’exercer sa religion, en autonomie de conscience. Nombre de nos concitoyens se trompent en pensant que la loi de 1905 établit une société qui doit être laïque. Ce n’est pas vrai. C’est l’État qui est laïc et garantit l’exercice libre et autonome de la conscience individuelle, donc de l’adhésion éventuelle à une religion.

En tant qu’homme politique, je ne promets ni le bonheur ni la transcendance car ce serait une folie, un projet totalitaire et mortifère. Si je ne reconnaissais pas cette part de transcendance que porte le dialogue avec les religions, j’accepterais de rabaisser nos semblables à l’extrême solitude du quotidien. Dans ce cadre, je suis tout à fait favorable à ce que l’on confie à la Fondation pour l’islam de France le soin de faire vivre un islam moderne dans notre société contemporaine. Cela implique aussi que la France entretienne un dialogue vigoureux avec certains pays. Je pense en particulier à l’Arabie saoudite, puisque ce pays encourage les formes les plus rétrogrades du wahhabisme à s’étendre partout dans le monde.

Propos recueillis par Frédérick Casadesus

 

 

Brice Deymié, aumônier national des prisons à la FPF, a fortement incité Emmanuel Macron à engager une réflexion de fond sur une politique pénale.

Brice Deymié, aumônier national des prisons : Les maisons d’arrêt sont occupées à presque 150 %, les petites peines ont un impact très négatif sur les individus, sur la société. La philosophie de la prison date du XVIIIe siècle. Serez-vous parmi ceux qui feront naître une politique punitive adaptée à notre société ?

Sur le plan des principes, je suis favorable à ce que nous ayons un vrai débat sur les questions suivantes : « Qu’est-ce que punir ? Qu’est-ce que réinsérer ? » La prison n’est pas pensée dans le débat public comme pour pouvant réinsérer. Mais aujourd’hui, avec le risque terroriste et les grandes violences urbaines, ouvrir le débat par des modes alternatifs de sanctions ou de peines n’est pas audible par une bonne partie de notre population. Pourtant, nous devons ouvrir ce débat, faire comprendre que quand on punit, on ne veut pas exclure de la société, mais au contraire réinsérer. Je m’étais exprimé, lorsque j’étais membre du gouvernement, contre la déchéance de nationalité pour la même raison. Face à la menace et au risque, certains promettent d’exclure le mal de la communauté nationale.

Mais nous savons très bien que cela n’a aucune efficacité : une personne qui est prête à se suicider en commettant un attentat n’accorde aucun intérêt au fait qu’on lui retire la nationalité française. Pour moi, philosophiquement, je dirais même anthropologiquement, nos sociétés ne veulent plus voir le mal, comme elles ne veulent plus voir la mort. Et donc dans l’inconscient collectif, quiconque a commis une faute lourde ne doit plus sortir de la prison. Cela explique l’indifférence de nos concitoyens à l’égard du sort des détenus. Si nous ne reconnaissons pas la dignité de celui qui a fauté, nous n’aurons pas les bonnes solutions pratiques.

Aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, la surpopulation carcérale étant ce qu’elle est, je poursuivrai le plan décidé par le Garde des sceaux de 15 000 créations de places en prison. La continuité doit l’emporter dans ce domaine. Ceci étant posé, l’idée que, de manière automatique, il n’y ait aucune application des peines de moins de deux ans – ce qui a été retenu – me semble une mauvaise idée parce que vous ne pouvez pas l’expliquer aux personnes qui vivent au milieu de l’insécurité. Ils vous disent que c’est du laxisme et ce n’est pas faux. Cela conduit à des déviances. Je suis favorable à ce que toute peine de prison ferme prononcée soit exécutée. En revanche, je suis favorable à ce qu’aux deux tiers de la peine, le juge d’application des peines puisse décider, sans automaticité aucune, en fonction du comportement du détenu, un aménagement de peine. Le détenu doit pouvoir prendre sa part de responsabilité. La formation du personnel pénitentiaire doit être accrue.

Je suis également favorable à ce que ayons un vrai débat sur la manière dont on fait travailler les détenus : indigne sur le plan de nos valeurs, instable sur le plan juridique, elle doit faire l’objet d’une réflexion collective et transparente.

Enfin, pour les infractions du quotidien, je souhaite que les forces de police et de gendarmerie puissent agir de façon plus rapide, pragmatique, afin de désengorger les tribunaux. Quand une personne est interpellée dans un quartier pour un vol à l’étalage ou l’usage de stupéfiants, la réponse pénale actuelle est inefficace : cela se termine souvent par un classement sans suite ou un simple rappel à la loi. Dès lors, le coupable ne prend pas conscience de sa faute, les forces de l’ordre sont découragées, la population se sent menacée, narguée, voire humiliée. Je suis favorable au pouvoir d’amende immédiat donné aux forces de police ou de gendarmerie, proportionné, qui répondra aux fautes commises sans mettre en mouvement toute la machine judiciaire. Cela n’empêchera pas de sévir en cas de non respect de la sanction, mais ouvrira, dès le constat de l’infraction, la voie de la sanction.

Propos recueillis par Frédérick Casadesus

 

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